Message de Monsieur Gérard Ramseyer, Président du Conseil d´Etat, en hommage à Monsieur Gilbert Albert, joaillier-orfèvre, du 25 novembre 1998.
Au nom du Conseil d´Etat, je suis tout particulièrement heureux de vous rendre hommage aujourd´hui.
La bijouterie et l´orfèvrerie tiennent depuis le XVe siècle une place privilégiée dans l´histoire de Genève. Les registres du Conseil nous apprennent par exemple qu´en 1467 un certain Marquetus Thonyaux, orfèvre et doreur, fut reçu bourgeois de Genève. Plus d´une centaine d´orfèvres sont d´ailleurs cités dans les registres entre 1401 et 1533. L´orfèvrerie et la bijouterie subiront toutefois une éclipse temporaire avec l´avènement de la Réforme. Plus de deux siècles plus tard, le 27 novembre 1785, les Syndics et Conseils promulguaient encore une ordonnance dont le premier article défendait - je cite- " tant aux hommes qu´aux femmes, tout usage de pierreries fines ou fausses, perles fines, grenats et marcassites ".
Fort heureusement, la bijouterie et l´orfèvrerie genevoise connaîtront un nouvel âge d´or dans les années qui suivront la Restauration de 1813. Ce sera l´époque des splendides pièces façonnées par Jean-François Bautte, les frères Moulinié ou Ferdinand Melly. Boucles de ceintures, broches, montres et bracelets feront la renommée de la bijouterie genevoise.
Monsieur Gilbert Albert, vous perpétuez par vos créations de réputation mondiale la belle relation qu´entretient Genève depuis plus de 500 ans avec l´univers fascinant de la bijouterie et de l´orfèvrerie. Ainsi que le rappelait le regretté Michel Baettig, vous mariez votre art à celui de la nature.
Météorites et cristaux, coraux ou pépites, perles et scarabées. Tels sont vos univers familiers dont vous avez au fil du temps fait surgir des bijoux qui font non seulement rêver Genève, mais encore Tokyo, Moscou, Sao Paulo ou Prague. Vous avez imaginé des bijoux avec Jean Lurçat ; exposé à Johannesburg avec Winston et Bulgari. Les concours de bijouterie auxquels vous avez prêté votre sagacité sont légion. Je ne citerai à cet égard que l´Académie du Diamant à New York et les concours de bijouterie de Valence ou Pforzheim. Il y a 10 ans déjà, vous étiez le seul créateur à obtenir à dix reprises un " Oscar " au Diamonds International Awards.
Vous êtes également de ceux qui font Genève et qui enrichissent notre patrimoine. Vous avez en effet, à de multiples reprises, conçu des objets qui témoignent de votre attachement pour notre canton, sa vie et son histoire. C´est ainsi, pour ne citer que ces quelques exemples, que vous avez créé la masse et la chaîne de recteur de notre Université. Il y a 23 ans, vous avez doté le Concours de saut international officiel de Genève d´une magnifique Coupe des Nations alors qu´en 1986, vous marquiez à votre manière le 450e anniversaire de la Réforme en créant une Croix de Pentecôte inédite. Vous avez déclaré un jour que " si vous avez du bonheur, vous offrez du bonheur ". Ce bonheur, vous nous l´offrez en permanence, notamment depuis vos premiers " Oscars " des années 1959 et 1960. Vous nous le faites également partager depuis 25 ans depuis votre fief du 24 rue de la Corraterie.
Un lieu extraordinaire qui représente le passage obligé des amoureux des belles choses, connu aussi des amoureux d´histoire. En effet, le niveau inférieur de votre galerie a la particularité d´avoir pour mur de soutènement la muraille originale en pierres de taille de l´époque de l´Escalade. Qui plus est, il s´agit de l´endroit précis où les Savoyards placèrent leurs échelles en décembre 1602.
Vous avez aussi, avec talent et à votre manière, revivifié l´ancien traité de 1584 en ouvrant à Zurich en 1982, au 10 de la Bahnhofstrasse, une deuxième galerie et affirmé ainsi une présence genevoise sur les bords de la Limmat. Le Conseil d´Etat tient aujourd´hui à vous exprimer sa reconnaissance pour l´œuvre qui est la vôtre. Depuis près de 40 ans, alors que vous obteniez deux " Prix de la Ville de Genève ", vous nous rappelez que l´innovation et le courage d´entreprendre sont à la base de toute création. Puissiez-vous encore longtemps nous ravir et, pour reprendre votre propre expression, nous donner beaucoup de bonheur.